La régulation de la progestérone par les composés bio-actifs naturels

Dernière mise à jour : mars 15





Introduction

Le rôle principal de la progestérone est de favoriser la nidation de l'ovule fécondé et la

gestation. La progestérone modifie les caractères vasculaires et chimiques de la muqueuse

utérine pour la rendre propice à l'implantation de l'oeuf dans l'utérus. Pendant les trois

premiers mois de la grossesse, une production suffisante de progestérone par le corps jaune

est indispensable, jusqu'au moment où le placenta prend le relais. Pendant la grossesse, la

progestérone a un effet relaxant sur le muscle utérin, elle augmente les sécrétions du col de

l'utérus, maintient l'importante vascularisation de la muqueuse utérine et prépare les glandes

mammaires à la lactation.

La balance oestrogènes/progestagènes détermine le « climat » hormonal de chaque femme

qui change tout au long de la vie. Au-delà de l’équilibre imparfait entre les oestrogènes et

les progestagènes à l’origine de nombreux troubles féminins (syndrome prémenstruel, préménopause…),

la progestérone a un effet bénéfique souvent méconnu sur les troubles de

l’humeur, la régulation hydro-électrolytique, l’ostéoporose et la santé cardio-vasculaire.

Un bon équilibre hormonal est bénéfique aussi chez l’homme, notamment pour la prostate,

où la progestérone s’oppose à l’effet délétère des oestrogènes (voir Lettre IEP n°19).

Les polémiques autour des traitements hormonaux de synthèse, associées aux

recommandations récentes de diverses sociétés savantes et de l’OMS sur l’utilisation de la

phytothérapie à visée hormonale, provoquent un regain d’intérêt pour les phyto-nutriments.

Issus de la médecine traditionnelle, ces phyto-nutriments, seuls ou en association, ont fait

l’objet d’études d’intervention et de plusieurs méta-analyses. Ces données ont permis de

définir les doses utiles et de proposer les associations efficaces qui seront décrites dans

cette revue.

1. Rappel : rôles et biogénèse de la progestérone

La progestérone est une hormone stéroïdienne appartenant à la famille des progestagènes, dont elle

est le principal représentant, formée à partir d’un précurseur commun à toutes les hormones

stéroïdiennes, le cholestérol mitochondrial (figure 1).

Rôles :

Chez la femme, la progestérone :

- est complémentaire des oestrogènes pour la procréation (contrôle de l’ovulation, implantation,

nidation, gestation),

- est antagoniste des oestrogènes par son action diurétique et en baissant la perméabilité vasculaire

par le blocage des récepteurs de l’aldostérone et la réduction du nombre de récepteurs

oestrogèniques (seins et utérus),

- est anxiolytique (allopregnanolone : métabolite de la progestérone sous l’action de la

5-α réductase),

- « protège » la sérotonine,

- stimule la formation osseuse par ses récepteurs ostéoblastiques,

- est anti-androgène pour la di-hydro-testostérone par inhibition de la 5-α réductase (par

compétition) mais pro-androgène pour la testostérone,

- inhibe la sécrétion de prolactine en stimulant la dopamine cérébrale (production de prolactin

inhibitor factor : PIF),

- baisse la production de cytokines pro-inflammatoires.

Chez l’homme, la progestérone :

- stimule la motilité des spermatozoïdes,

- a les mêmes effets généraux que pour la femme mais qui semblent moins importants par la

différence de production.

Métabolisme :

• Produite en petite quantité par les surrénales :

- en première partie du cycle chez la femme (1 à 2 mg par jour),

- en permanence chez l’homme (1,5 à 3 mg par jour).

• Produite en plus grande quantité par les ovaires :

- en deuxième partie du cycle (20 à 40 mg par jour) = phase lutéale.

Figure 1 : Synthèse de la progestérone.



Cette synthèse est régulée par l’axe hypothalamo-hypophysaire. Les gonadotrophines hypophysaires,

FSH (folliculo-stimulante) et LH (lutéinisante) vont provoquer la ponte ovulaire chez la femme (pic de

LH), avec formation du corps jaune s’il n’y a pas de fécondation (figure 2).

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Figure 2 : Régulation de la synthèse de la progestérone



En phase folliculaire la granulosa ovarienne sécrète de l’inhibine B qui participe au rétrocontrôle (baisse

FSH et rapport LH /FSH optimal) (figure 3).


Figure 3 : Évolutions hormonales



Au niveau surrénalien, sous l’action de la LH, il va y avoir transcription et activation des enzymes

(desmolase et 3-β HSD) pour former la pregnénolone et la progestérone.

La progestérone sera, en dehors de son action propre, un intermédiaire dans la fabrication des

minéralocorticoïdes, des glucocorticoïdes et des androgènes (Figure 4).

La progestérone est transportée, inactive, dans le plasma, liée à deux types de protéines : la transcortine

(CBG : globuline qui lie la progestérone et les glucocorticoïdes) et l’albumine.

La partie libre (environ 2%) est l’hormone active qui se lie directement aux récepteurs des

progestagènes.

La progestérone pénètre dans les cellules cibles par diffusion, puis se fixe sur les récepteurs

intracellulaires. Des récepteurs spécifiques ont été identifiés, non seulement dans les seins et l’utérus

mais aussi dans les ostéoblastes, les cellules cérébrales, les adipocytes, les entérocytes, les cellules

musculaires, la peau, l’endothélium vasculaire, comme les autres hormones sexuelles, ainsi que les reins.

Le complexe hormone-récepteur se lie alors à l’ADN et régule la transcription des gènes pour obtenir

l’effet biologique programmé.

Figure 4 : Biosynthèse et conversion de la progestérone




Mais la clinique doit prévaloir…

Evolution des taux de progestérone :

Chez la femme, il existe une grande variabilité individuelle des taux de progestérone durant la période

d’activité génitale, avec une baisse moyenne à partir de 35-40 ans.

Chez l’homme la production surrénalienne décline avec l’âge, mais comme toujours c’est l’équilibre

global hormonal qu’il faut appréhender (rapport oestrogènes /progestérone...).

La biologie :

2. Situations prédisposant à un déficit en progestérone

Au-delà du polymorphisme génétique, facteur majeur du niveau de progestérone, certaines

situations favorisent la baisse d’activité des progestagènes :

- âge,

- alcoolisme chronique,

- tabagisme, marijuana et autres drogues,

- caféine en excès,

- stress important,

- obésité,

- perturbateurs hormonaux (bisphénol A...),

- médicaments :

• oestrogènes,

• anabolisants stéroïdiens.

Tableau 1 : Bilan biologique




3. Les dysfonctionnements liés à la progestérone

Conséquences possibles d’un déficit en progestérone (hyper-oestrogènie relative) :

- mastose,

- cancer du sein,

- kystes ovariens,

- endométriose,

- cancer de l’endomètre,

- fibrome utérin,

- infertilité,

- problèmes lors de la grossesse : pré-éclampsie, augmentation du risque de fausse couche et

d’accouchement prématuré.

Ces situations nécessitent, pour la plupart, un traitement pharmacologique et/ou chirurgical.

Syndrome prémenstruel (SPM)

Touche de 50 à 75% des femmes suivant les ethnies et environ 10 % d'entre elles rapportent des

difficultés importantes qui influent sur leur qualité de vie. Quoique ces symptômes peuvent être présents

dès l'adolescence, la majorité des femmes en sont incommodées vers l'âge de 30 ans.

Ces symptômes présentent un caractère cyclique suivant quatre scénarios.

Scénario 1

• Les manifestations débutent lors de l'ovulation et s'aggravent pendant la phase prémenstruelle.

Scénario 2

• Les problèmes atteignent leur sommet durant la semaine précédant les menstruations.

Scénario 3

• Beaucoup de femmes éprouvent des symptômes pendant une courte période lors de l'ovulation et

sont ensuite soulagées pendant quelques jours. Par contre, les difficultés réapparaissent vers la fin de

la phase prémenstruelle.

(Pour les scénarios 1, 2 et 3, les symptômes disparaissent avec l'arrivée des menstruations).

Scénario 4

• Les femmes les plus sévèrement affectées ressentent les symptômes dès l'ovulation de façon continue

et ce jusqu'à la fin des menstruations.

Les symptômes sont physiques : fatigue, douleur aux seins, gonflement et prise de poids, maux de tête,